C’est mon histoire : ? J’ai été harcelée par la ma?tresse de mon mec ?

                                    C’est mon histoire : ? J’ai été harcelée par la ma?tresse de mon mec ?
                                    ? MangoStar Studio/iStock

                                    Il a fallu près d’un an et demi à Claire, 34 ans, pour se débarrasser de son amoureux infidèle et de sa ma?tresse envahissante.

                                    Ma main tremblait encore en reposant le téléphone. Au dixième appel en numéro masqué de la journée, j’avais craqué et décroché. Je savais que c’était une erreur. Surtout, ne pas entendre cette voix-là, rauque, moqueuse, glaciale. Surtout, ne pas écouter ces mots blessants, coupants : ? Tu sais? que je vais venir te trouver, Claire… Quand ? ?a, non, tu ne le sais pas. ? Depuis deux mois maintenant, ces coups de fils se répétaient. Jusqu’à cinquante fois par jour. J’étais devenue une boule de nerfs, sursautant à la moindre vibration de mon téléphone. Il m’obnubilait. Incapable de penser à autre chose, de regarder autre chose que ce petit bo?tier noir qui avait pris tant de place dans ma vie. Les rares fois où je voyais mon amoureux, Philippe, il haussait les épaules : ? S?rement des gosses qui s’amusent. Laisse tomber ou change de numéro ! ? Impossible : je travaille en free-lance avec les mêmes coordonnées depuis quinze ans. Pas question de risquer de passer à c?té d’une opportunité. Et puis, au fond de moi, je refuse de céder quoi que ce soit à l’intruse, qui qu’elle soit. Alors je secoue la tête et Philippe hausse de nouveau les épaules. La conversation tourne court. De toute fa?on, elle s’étend rarement depuis quelque temps… Philippe vient de perdre son job et je ne le reconnais plus. Il perd pied. De joyeux, il a viré ombrageux. Ne prend plus aucune initiative, pour? nous, pour lui, pour moi. Les coups de fil anonymes ont commencé au même moment. Si mes proches ont fait le lien, pas moi. Amoureuse, je me suis agrippée à nos rêves, à mes désirs d’enfants, je n’ai rien voulu voir. Une seule fois, je lui ai demandé s’il avait rencontré quelqu’un. Il a nié, alors j’ai décidé de passer à autre chose.

                                    Douche écossaise

                                    Trois mois s’écoulent ainsi, avec un amoureux de plus en plus absent, une inconnue de plus en plus mena?ante – quand je prends le risque de décrocher. Jusqu’au jour où elle lache mon adresse : elle sait où je vis. J’ai peur, je fonce chez les flics. L’agent qui me re?oit, goguenard : ? Madame, si on s’amusait à prendre des plaintes pour le moindre coup de fil anonyme, les trafiquants pourraient vendre leur drogue tranquillement ! ? Je repars du commissariat, sous les rires à peine masqués des agents. Quelques heures plus tard, mon amoureux toque à la porte. Je m’apprête à lui raconter ma déconvenue, mais il me coupe : ? Je ne sais plus où j’en suis. Nous, je ne sais plus si j’ai envie de continuer notre histoire. Laisse-moi du temps ?. C’est tout. Il tourne les talons. Je reste pantoise sur? le pas de ma porte : il n’a même pas daigné entrer. Silence radio pendant un mois. Ni intruse ni amoureux fant?me. Et puis Philippe m’envoie un texto : ? Je voudrais te demander pardon. De vive voix. Je peux t’appeler ce soir ? ? Bien entendu, je réponds oui. Le soir venu, je suis en terrasse avec une amie quand mon téléphone sonne. Mon ventre se noue. Je redoute l’intruse, j’espère Philippe. C’est lui. Mais sa voix est dure, blanche, je ne la reconnais pas. ? Claire, maintenant, il faut que tu arrêtes : entre nous, c’est fini. J’ai rencontré quelqu’un et je suis très heureux. ? Chacun de ses mots, débités à la mitraillette, est un coup. Je bégaie une vague protestation : ? Mais c’est toi qui voulais me demander… ? Je n’ai pas le temps de finir ma phrase. Derrière lui, une femme hurle : ? Tu vas nous lacher, sale connasse ! ? Les insultes, ?a passe encore. Mais cette voix… c’est elle. Aucun doute.? Instantanément, je me hais. Je hais ma na?veté, je hais ce temps perdu, je le hais lui, je hais ses mensonges. Je ne suis plus que haine pendant les semaines suivantes. Au moins, les coups de téléphone cessent. Sauf ce matin-là, un an après le tout premier appel de l’intruse. Face à ce numéro inconnu, confiante, je décroche. Et me fige aussit?t. à nouveau, des menaces. à nouveau, ce rire affreux. Elle raccroche. Ni une, ni deux, je rappelle, je veux savoir qui elle est et surtout ce qu’elle me? veut. Une sonnerie, deux, trois... Dix : elle ne décrochera pas. Et elle n’appellera pas non plus. L’hiver se passe sans que je sois inquiétée. La rupture avec Philippe s’éloigne, la blessure se referme doucement… Mais au printemps, lors d’un pique-nique avec des amis, je re?ois, via deux numéros inconnus, une salve de photos de Philippe. Plut?t nu. Plut?t avec des filles. Plut?t en train de faire des choses que j’aurais préféré ignorer. J’en ai des haut-le-c?ur. Entra?née par ma bande – et sans doute, aussi, par le rosé –, je tente tout pour la démasquer : la faire appeler par un ami se faisant passer pour quelqu’un de la Sofres ; supplier un autre, cadre dans la téléphonie mobile, de mettre la main sur ses relevés téléphoniques… Mais ?a ne donne rien. Il n’y a plus qu’une chose à faire pour avoir la paix : changer de numéro. Et tant qu’à faire, aussi d’adresse. Je décide de déménager et, l’été venu, c’est chose faite. Je suis enfin sereine. Mieux ! Dans ma bo?te mail, je découvre un message de Philippe : ? j’ai cherché à te joindre, tu as d? changer de numéro… Je te demande cette fois sincèrement pardon. J’ai coulé. J’avais tout perdu. Toi, tu voulais des enfants. Je ne me sentais pas à la hauteur. J’ai pris la tangente et, la tangente, c’était elle. J’ai mis des mois à ouvrir les yeux, mais c’est bien elle qui t’a harcelée. Aujourd’hui, je ne la vois plus. ?a ne changera sans doute rien, mais je voulais que tu le saches. Je t’embrasse, si tu le permets. Philippe. ? Quel soulagement... Enfin, un peu? de tendresse. Et le sentiment d’obtenir réparation, de retrouver le Philippe que j’avais connu. J’ai donc très naturellement répondu. Et je lui ai donné mon nouveau numéro. Nous échangeons quelques textos, promettant de nous revoir bient?t. Je ne l’aime plus, mais je rêve encore d’une rupture élégante. Elle n’aura pas lieu. Trois semaines après ces échanges, l’h?tesse d’accueil de l’entreprise pour laquelle je travaille une journée m’appelle : ? Il y a quelqu’un, en bas, qui demande à vous voir. Une femme. Non, elle ne veut pas donner son nom… Elle affirme qu’elle a des choses importantes à vous dire et elle insiste. Elle dit qu’elle ne partira pas tant que vous ne serez pas descendue. ? Au cas où j’aurais encore un doute, je re?ois un texto de ma vieille amie l’intruse : ? Je suis en bas. Je t’attends. Il y a des choses que tu dois savoir sur ton mec. Philippe te trompe. Descends et je te raconterai tout. ? Depuis tout ce temps, elle croit encore que je suis avec Philippe ! J’explose de rire. De ces rires qui font tellement de bien. Qui vous prouvent que, cette fois, oui, vous? êtes passée à autre chose… à un détail près. Un dernier message à envoyer à Philippe, sans descendre : ? vous êtes deux grands malades. Cette fois, sors définitivement de ma vie. ?

                                    Par
                                    Sara  Bouleaux
                                    Sara Bouleaux
                                    时时彩十分钟一次