Virginie Grimaldi : ? J’avais envie de parler de ce temps qui coule, de la place des souvenirs ?

                                    Virginie Grimaldi : ? J’avais envie de parler de ce temps qui coule, de la place des souvenirs ?
                                    ?Fayard

                                    Le cinquième roman de Virginie Grimaldi est paru il y a seulement quelques jours et il est déjà en tête des ventes. Un succès bien mérité pour le meilleur opus d’ une des romancières préférées des Fran?ais, qui a fait de l’émotion sa marque de fabrique. Hypersensible, proche de ses lecteurs comme de tous ceux qu’elle croise au gré de ses rencontres, la romancière capte mieux que personne les sentiments, les peurs, les espoirs et l’expérience de chacun, qu’elle retranscrit avec élégance et tendresse dans ses livres. ? Quand nos souvenirs viendront danser ? raconte la vie de Marceline et Anatole, au crépuscule d’une existence faite de projets, de tempêtes, d’immenses bonheurs et de tragédies, comme les n?tres. Accrochez-vous, on y passe de l’éclat de rire aux larmes en quelques lignes. Vous n’en sortirez pas totalement indemne, et aurez surtout envie d’aller voir tous ceux qui vous sont chers pour leur dire combien vous les aimez. Virginie Grimaldi a accepté de répondre à nos questions sur la genèse de ce roman. Interview.

                                    Elle. Racontez-nous la genèse de ce 5e roman. Comment vous sont apparus les personnages d’Anatole et Marceline???

                                    Virginie Grimaldi. L’envie d’écrire sur le temps qui passe est en moi depuis longtemps, mais l’angle m’est apparu récemment. Mes grands-parents avaient vingt ans quand ils ont emménagé dans une petite rue, leurs projets en bandoulière. Plus de soixante ans sont passés, et se pose la question de déménager dans un logement plus adapté à leur age. Leurs voisins de toute une vie disparaissent les uns après les autres. La raison les pousse à partir, mais ils n’arrivent pas à s’y résoudre?: pour eux, ce n’est pas une maison, c’est une bo?te à souvenirs. J’avais envie de parler de ?a, de ce temps qui coule, de la place des souvenirs, et le personnage de Marceline s’est rapidement imposé comme porte-voix.

                                    V GRIMALDI (c) Guillaume Bonnaud

                                    Crédit : Guillaume Bonnaud

                                    ??J’ai rarement autant ri qu’en écrivant ce roman. Rarement autant pleuré, aussi.??

                                    Elle. Une expression vient instantanément lors de la lecture?: ??ascenseur émotionnel??. Est-ce que ce livre a été difficile à écrire???

                                    V.G. Très. Ce sont mes émotions qui guident mes doigts sur le clavier, et là j’ai d? remuer mes plus grandes angoisses. Dans l’écriture, comme dans la vie, j’ai besoin de convoquer l’humour dans les moments difficiles. J’ai rarement autant ri qu’en écrivant ce roman. Rarement autant pleuré, aussi.?

                                    Elle. Vous semblez hantée par le temps qui passe. Est-ce que, comme Rosalie, vous parvenez cependant à vous dire?: ??Il ne faut pas pleurer sur ce qui ne sera plus, mais chérir ce qui a été????? ? ??

                                    V.G. Depuis toujours, j’ai une conscience accrue du temps qui passe et de notre finitude. Pendant des années, cela m’a paralysée, mais, depuis quelque temps, j’arrive à transformer cette lucidité en carburant. Pour autant, je suis une grande nostalgique, je commence à regretter un moment alors qu’il n’est pas encore fini. J’ai mis cinq ans à me séparer des vêtements et jouets de mon fils alors qu’ils encombraient une pièce entière de la maison.?

                                    Elle. Vous êtes jeune, bient?t maman pour la seconde fois. Comment êtes-vous si bien parvenu à vous glisser dans la peau d’une octogénaire, et de ce qu’elle ressent au crépuscule de son existence???

                                    V.G. C’est l’un des rares avantages à l’hypersensibilité. On déborde d’empathie, et on peut s’approprier assez facilement les sentiments et les émotions d’autres personnes, même si on n’a pas le même age ou le même vécu. Et puis, pour avoir travaillé avec des personnes agées et être très proche de mes grands-parents, je crois qu’on change d’apparence, mais que nos pensées profondes ne vieillissent pas.?

                                    ??J'ai envie de mettre en lumière les petites choses qu’on ne remarque pas forcément dans notre quotidien.??

                                    Elle. ??Ce que je vois, ?a n’est pas un groupe de vieux. Ce sont des personnes avec des projets, même s’ils sont derrière??, écrivez-vous. Est-ce que ?a n’est pas cela, finalement, le sous-titre de votre livre?? Parler de ces ??invisibles?? de la société dont les histoires valent autant? que ??les n?tres?????

                                    V.G. On m’a fait remarquer récemment que j’avais un sens de l’injustice assez développé, je ne peux pas le nier?! Mais je ne me sens pas investie d’une mission, je ne me suis jamais dit que j’allais écrire sur les ??invisibles??. J’ai surtout envie de raconter des vies ordinaires sous un prisme différent, pour mettre en lumière les petites choses qu’on ne remarque pas forcément dans notre quotidien.?

                                    Elle. Pensez-vous déjà à la prochaine histoire que vous allez nous raconter???

                                    V.G. Je savoure la sortie de ce roman, ainsi que mes dernières nuits complètes avant l’arrivée du bébé. Ensuite, c’est sa présence que je savourerai. J’ai plusieurs embryons d’idées pour des futurs romans, mais je ne veux pas m’imposer de rythme. Quand je ressentirai à nouveau ce besoin d’écrire, cette nécessité de tricoter une histoire, alors je m’y mettrai. Dans deux jours ou dans cinq ans, je n’en ai aucune idée?!

                                    时时彩十分钟一次